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La Première

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Histoire

Un Jour dans l'Histoire

Rosa Bonheur : star méconnue de la peinture

35 min

| Publié le 27/12/22 |

Disponible jusqu'au 26/12/2023

Nous sommes en 1853, au Salon de peinture de de sculpture de Paris. L’exposition se déroule à l’hôtel des Menus-Plaisirs. Cette année, murmure-t-on, le jury a été particulièrement sévère : près de la moitié des envois ont été refusés. Il y de grands absents comme Ingres et un scandale à cause de Gustave Courbet qui présente, sous le no 300 et le titre « La Baigneuse », un tableau qui suscite l’emportement critique généralisé. On note aussi la présence, dans la catégorie des réalistes, d’une œuvre qui va connaître un succès plus consensuel, il s’agit du « Marché aux chevaux » peint par Rosa Bonheur. Son tableau, dira un observateur de l’époque, « a le rare et singulier privilège de ne soulever que des éloges dans tous les camps. […] C'est vraiment une peinture d'homme, nerveuse, solide, pleine de franchise». Par décision spéciale du jury, il est alors prescrit que « Mlle Rosa Bonheur et Mme Herbelin, ayant obtenu toutes les médailles qu'on peut accorder aux artistes, jouiront, à l'avenir, des prérogatives auxquelles leur talent éminent leur donne droit. L’artiste entame sa route vers un succès fulgurant qui ne va pas la quitter durant quatre décennies. Plus tard, Théophile Gautier déclarera : « avec elle, il n'y a pas besoin de galanterie ; elle fait de l'art sérieusement, et on peut la traiter en homme. La peinture n'est pas pour elle une variété de broderie au petit point ». Cette réussite n’empêche pas les notes dissonantes, ainsi celle du chroniqueur Jules Claretie : « Les femmes peuvent-elles être de grands peintres ? », demande-t-il, « On serait tenté de répondre oui lorsqu'on regarde les bœufs de Rosa Bonheur, et de dire peut-être ou même non lorsqu'on étudie ses figures humaines. » Associée à un art bourgeois, conservateur, la peinture de Rosa Bonheur sera snobée par les modernes ainsi Paul Cézanne qui la tient pour « un excellent sous-ordre ». La disgrâce sera consommée après sa mort jusqu’à servir de repoussoir : « Il ne m'échappe certes pas que la littérature bucolique tend à la facilité. Tout l'aspect “Rosa Bonheur” de cet art-là, je le redoute », écrira François Mauriac, au siècle suivant. Qui était Rosa Bonheur, star du dix-neuvième, ayant grandi dans la misère ? S’habillant en homme et affirmant préférer les étables plus que tout ? Mérite-t-elle son purgatoire ? Invitée : Anne Hustache, historienne de l’art. Sujets traités : Rosa Bonheur, Paris, peinture, Gustave Courbet, tableau, oeuvre, Marché aux chevaux, artiste, Théophile Gautier , femmes, peintre, Cézanne,