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Culture

Pol Bury, Va-et-Vient, au Centre de la Gravure à La Louvière

Centenaire de la naissance de Pol Bury. Chassé-croisé gravure/sculpture

9 min

| Publié le 03/11/22 |

Disponible jusqu'au 04/11/2023

Pol Bury est un artiste belge à la réputation internationale. Il est né à Haine-Saint-Pierre (La Louvière), il y a cent ans, et décédé à Paris en 2005. Il est connu comme sculpteur, mais le travail du graveur nourrit sa réflexion du mouvement et de la lenteur. "Va-et-vient" est le titre de l’exposition qui rassemble plus de 250 œuvres relevant pour la plupart du monde de l’estampe. Pol Bury explore le monde des formes dans le but de suggérer le mouvement sur le papier et de mettre des volumes en mouvement dans une sculpture, en privilégiant la lenteur. La durée entre deux mouvements d’une boule peut être longue et le mouvement ou le déplacement peu perceptible. En 1950, Pol Bury découvre l’œuvre du sculpteur Alexander Calder. Les mobiles de Calder sont des assemblages de formes animées par les mouvements de l’air. L’œuvre de Calder bouleverse sa pratique. Pol Bury connaît un avant et un après la révélation des mobiles de Calder. A l’âge de 16 ans, il rencontre le poète Achille Chavée qui se présente comme « le plus grand poète de la Ferrer à La Louvière » et qui décrète : « Je suis un vieux peau-rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne ». Chavée l’introduit auprès des surréalistes et Bury va peindre à la façon de Magritte. Après la guerre, il quitte la figuration. Il embrasse l’abstraction géométrique. Il est proche de Jo Delahaut, une figure emblématique de l’art construit en Belgique. Les années "Cobra" sont initiées par la rencontre avec Christian Dotremont et Pierre Alechinsky. Dans les années cinquante, il assemble des plans mobiles. Les formes découpées et colorées peuvent tourner sur leur axe comme des plateaux de foire. L’artiste fait sourire la géométrie et l’abstraction. L’humour de Pol Bury se marque aussi dans le choix des titres. Ils trahissent l’auteur littéraire qui fut libraire à La Louvière et fondateur avec André Balthazar du Daily-Bul, une revue et une maison d’édition dans l’esprit post-surréaliste. "Les Mamelles du Dérisoire. Campagne de Dérision" est une phototypie datée de 1980. L’image imprimée représente un ensemble de têtes d’officiels déformées : "le ministre des régions subalternes, le ministre des mesures transitoires, le ministre du calembour territorial et des querelles intestines", … L’irrévérence est de mise chez un autre vieux peau-rouge. Pol Bury procède avec humour à une opération appelée "ramollissement". Il prend un miroir souple. Il capte l’image. Il pince la surface à certains endroits et il obtient un effet de ramollissement. Mao est ramolli avec une pointe d’humour et de critique politique. Il pratique la "cinétisation". II découpe dans une image des anneaux circulaires, concentriques. Il opère une petite rotation de ces anneaux de papier. La manipulation crée une impression de déséquilibre et semble « chatouiller la pesanteur », dixit le créateur. "La Tour Montparnasse" s’écroule. "La Joconde" en perd le sourire. "Manneken-Pis" garde la main. Bref, Pol Bury expérimente sans cesse. Quand il grave, il déplace la matrice et il joue avec l’encre. Il jette des lamelles de cuir sur le support pour qu’elles soient compressées sans imaginer le résultat qu’il va obtenir. Toujours pour suggérer le mouvement. L’homme aussi était perpétuellement mobile. Christophe Veys, directeur du Centre de la Gravure, au micro de Pascal Goffaux.