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La Première

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Histoire

L'Heure H

La Question Royale

40 min

| Publié le 17/07/23

L’atmosphère de cette matinée d’été est pesante. Nous sommes dans les couloirs du Palais royal de Belgique. On pourrait entendre une mouche voler. Seul résonne sur le parquet le bruit de semelles aux pas pressés, qui se dirigent vers le bureau du roi, Léopold III. De souverain, ce dernier n’a plus que le titre honorifique. C’est son fils, Baudouin, Prince royal, qui commande depuis un an. En tête de la délégation qui se dirige vers son père ce matin, Baudouin serre une chemise avec des documents sous le bras. Il vient réclamer le trône. Assis seul derrière son bureau, Léopold III sent le couperet de la guillotine qui va tomber. Personne ne parle. Le roi a les mains jointes sous le menton, un uniforme impeccable sur le dos. La fenêtre est ouverte. Il perçoit, au loin, le chant des oiseaux et les rires des enfants. Comment a-t-il pu en arriver là ? Par quelles diableries la couronne, de manière officielle, va-t-elle changer de tête ce matin ? Demain, son fils sera couronné. Demain, il ne sera plus rien qu’un poids mort pour l’ensemble d’un système politique et d’un pays dont l’opinion se déchire depuis des années sur son cas. Voilà qu’on frappe à la porte du bureau. D’une formule laconique, le souverain fait entrer la délégation de vautours venue pour lui arracher ses attributs des mains. Sa plume est déjà prête. Baudouin dépose, sèchement, la farde de documents sur le bureau. Derrière ses épaisses montures, la lumière se reflète sur les verres, qui cachent son regard. Un parafe à chaque page, une signature à la fin, et tout sera terminé. Il n’y a plus rien à espérer de personne. Les mines autour de Léopold III sont graves, loin d’être compatissantes. Elle est venue, l’heure de sa mise à mort. Nous sommes le 16 juillet 1951 et le soleil brille sur Bruxelles. Il est 11 heures, le pays s’apprête à changer de souverain, et c’est l’heure H, de mon histoire.