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La Trois

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Culture

Hep taxi !

Bernard Pivot

30 min

| Publié le 06/05/24

Bernard Pivot a raison, il y a quelque chose de magique dans les expressions. Dans le petit florilège (mot qu'il adore) des 100 expressions à sauver qu'il vient de publier, il dit : "L'expression est un raccourci qui en dit long... c'est une formule qui a le sens de la formule. ". Les utiliser, c'est jouer avec les mots, leur donner une couleur particulière, un peu de fantaisie. Alors, si nos rejetons ont tant de mal à apprendre l'orthographe, c'est peut-être qu'ils s'ennuient. Redonnons à notre langue le petit côté ludique qui lui manque férocement. Entre manipulation idéologique, slogan publicitaire et démagogie langagière, les mots manquent de peps ; et nous aussi ! Louons donc l'initiative de M. Pivot, qui pourrait nous pousser à en ressusciter certaines, des expressions, et pourquoi pas, à en rechercher encore d'autres. Alors qu'il lisait 10 à 15 heures par jour pour préparer ses émissions littéraires, Bernard Pivot a noté les mots et les expressions qu'il préférait et qu'il sentait menacés ; tout ça de façon très ludique. " Encore un peu de thé, monsieur Nabokov ? ". La petite phrase est restée célèbre et cocasse, quand on sait qu'en réalité, c'est du Whisky que Pivot servait discrètement dans un théière à son auguste invité. C'est cet humour un peu espiègle qui lui a toujours donné le ton populaire et vivant qui a fait aimer ses émissions littéraires aussi longtemps (28 années, qui dit mieux ?). Cet homme jovial et vif, qui aime le vin et la bonne chair, passionné de foot, se destinait plutôt au commentaire sportif après ses études de journalisme. Faute de place dans les rédactions sportives, il s'est retrouvé au Figaro Littéraire. Ses connaissances en littérature n'étaient pas grasses, mais il s'est piqué au jeu et les livres sont devenus la grande passion de sa vie. Ses émissions avaient une telle influence sur les ventes de livres, qu'on l'a accusé de monopoliser le secteur, de faire la pluie et le beau temps, de trop vulgariser, de désacraliser, de mélanger le médiocre au sublime, de tout mettre sur un pied d'égalité. Pourtant, Bernard Pivot s'imposait une discipline stricte en s'interdisant de se lier d'amitié avec les écrivains et en se maintenant à l'écart de l'édition et du politique. Homme de télévision hors pair, car c'est cela qu'il est avant tout, il n'a donc rien raté. Ses Dicos d'Or et La dictée de Bernard Pivot restent aussi célèbres que le reste, sans parler du magazine Lire. Aujourd'hui, il siège à l' Académie Goncourt " où l'on mange et boit mieux qu'à l'Académie Française ", il est toujours aussi pétillant qu'à ses débuts et il a toujours la même devise : ne pas se prendre au sérieux, mais tout faire avec sérieux. Bref, pour reprendre une des expressions qu'il aime bien : c'est pas le genre à se prendre pour sa photo. Un peu comme Jérôme Colin, finalement...