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Dear Steve

50 min

| Publié le 07/04/19

Le « sujet » de l’œuvre Dear Steve de Herman Asselberghs est l’arme la plus fiable de l’arsenal des fantassins de l’industrie actuelle de la culture : l’ordinateur portable. La plupart d’entre nous en possèdent un, et leur invisibilité relative dans le champ de la production culturelle – voit-on souvent des ordinateurs portables dans des expositions ou des films, ou présentés comme une œuvre d’art ? – contraste fortement avec son caractère indispensable dans notre économie culturelle mondialisée. On a du mal à s’imaginer, par exemple, comment l’exposition en cours aurait pu voir le jour sous sa forme actuelle sans cette invention singulièrement innovatrice. Dear Steve est toutefois bien plus qu’un portrait lyrique de l’icône prosaïque que Luc Boltanski et Eve Chiapello ont qualifiée de « Nouvel Esprit du Capitalisme »: dans cette œuvre, nous sommes témoins de la destruction impitoyable et parfaitement orchestrée, filmée en plan-séquence, d’un MacBook Pro flambant neuf. L’acte de décomposition du poste de travail numérique, d’éventration littérale pour en retirer l’intérieur, ne peut que révéler l’irréductible matérialité de l’objet devenu incontournable dans la rhétorique triomphaliste du travail dit immatériel.